22 juillet 2009

La grand-mère

Samedi, Toto s’est réveillé tôt, comme tous les jours, mais ce jour était un jour spécial, et Toto le savait, malheureusement il devait presque être le seul. Alors il s’est levé, comme si de rien n’était, il a mangé ses trois tartines de pain beurré, bu du café, s’est douché, habillé, puis s’est assis. Le samedi, Toto s’ennuie parfois, mais moins que le dimanche. Il n’aime pas trop son emploi, mais au moins, pendant ce temps-là, il est occupé. En fin de semaine il se repose, mais il ne fait rien d’autre, en général. Il avait espéré que ce samedi-là serait différent, mais il était déjà neuf heures et demie et sa journée n’avait en rien différée des autres samedis. Il regarda un peu par la fenêtre. Il y avait quelques nuages, peu de vent, le soleil risquait de taper fort dans l’après-midi. Toto se dit qu’il devrait certainement tirer les rideaux plus tard. La sonnerie du téléphone sortit Toto de la contemplation du ciel. Son cœur s’emballa. Il se leva, les jambes en coton, et chancela jusqu’au téléphone. Il décrocha, ému jusqu’aux larmes.

Une très gentille dame lui demanda s’il comptait changer ses fenêtres avant l’hiver. Toto ne s’était jamais posé la question, peut-être le devrait-il. La dame parla encore longtemps sans que Toto n’osât l’interrompre, mais sans l’écouter vraiment. Il raccrocha, déçu. À peine s’était-il rassit que le téléphone sonna de nouveau. Le cœur de Toto bondit dans sa poitrine. Il tendit une main tremblante vers le téléphone et saisit le combiné.

Quand il entendit la voix faible de sa grand-mère marmonner, il pleura de bonheur. Sa grand-mère se souvenait toujours de l’anniversaire de son petit-fils. Toto sut que cette journée, pour une fois, ne serait pas ratée, qu’il avait bien fait de se lever et d’attendre. Il comprit, à demi-mot, que sa grand-mère l’invitait à déjeuner.

Un peu avant midi, Toto sortit de chez lui. Il n’aimait pas prendre le bus mais sa grand-mère habitait trop loin pour qu’il s’y rendît en marchant. Heureusement, à cette heure-là le bus était presque désert. Toto monta et choisit une place proche du bouton d’arrêt. Vingt minutes plus tard il descendit et remonta la rue dans laquelle vivait sa grand-mère.

C’était une très vieille dame presque sourde et qui n’y voyait plus très bien. Elle prit Toto dans ses bras. Elle lui paraissait encore plus petite que l’année dernière. Elle le pria de s’installer à table et lui servit un verre de Suze, comme à chaque fois que Toto venait la voir. Il but sans rien dire cette boisson qu’il n’aimait pas. Pendant tout le repas, sa grand-mère parla peu. Elle faisait d’incessantes allées et venues entre la table et sa gazinière. Elle avait encore fait à manger pour un régiment, mais Toto finit toutes les assiettes qu’elle lui servait, même si ce n’était pas très bon. À peine avait-il terminé le fromage que sa grand-mère posa sur la table un gâteau sur lequel elle avait planté cinq bougies que Toto souffla bien vite, avant que la cire ne coulât sur la croûte dorée et étrangement sèche. Il coupa deux parts. Le couteau rencontra un objet dur : une fève. Il la retira discrètement, mais sa grand-mère le vit faire et posa une couronne tachée de graisse sur sa tête. Le gâteau n’était pas bon. Sa grand-mère l’avait gardé depuis janvier et il était dur comme du béton. Il le mangea malgré tout, s’aidant de café tiède pour le faire passer. Sa grand-mère souriait, heureuse. Toto sourit aussi. Elle lui donna un paquet. Il le défit, les yeux embués de larmes, et sortit du papier un jeu de cartes Pernod-Ricard. Il embrassa sa grand-mère qui, gênée, lui dit qu’elle devait maintenant faire une petite sieste, car si elle ne dormait pas un peu, elle ne tiendrait jamais jusqu’au soir. Toto l’accompagna jusqu’à sa chambre, l’embrassa, et retourna dans la cuisine. Il débarrassa la table et fit la vaisselle. Quand il eut terminé, Toto passa un rapide coup de balai et sortit. Sa visite avait fort fatigué la vieille dame et il ne voulait pas la déranger plus longtemps.

Il décida de rentrer à pied. En arrivant chez lui, il se rendit compte qu’il portait toujours la couronne sur sa tête.

Posté par laviedetoto à 21:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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